Slimane Azayri

Slimane Azayri

Satin rouge الحريرالاحمر, film franco-tunisien de Raja Amari. La liberté en dansant

 

Long-métrage franco- tunisien réalisé par Raja Amari; avec Hiam Abbass, Maher Kamou, Hend El Fahem, durée : 01h40min ; année de production : 2001; v.o. en arabe tunisien ; distributeur : Diaphana Films

 

Synopsis : Lilia est pour tous une «femme rangée», une mère ordinaire. Elle vit à Tunis avec sa fille Salma, adolescente, qu'elle élève seule depuis la mort de son mari. Par un concours de circonstances et pour protéger sa fille qu'elle croit à la dérive, Lilia se rend un soir dans un cabaret, le «Satin Rouge». Un monde nouveau s'ouvre alors à elle, attirant et inquiétant à la fois: celui de la nuit, de la danse et des plaisirs.

 

J’ai vu le film « Satin rouge » de Raja Amari, réalisatrice de Tunisie, à l’occasion de sa projection par le ciné-club « Chrysalide » le vendredi 24 juin 2011 à la filmothèque Mohamed Zinet (Riadh El Feth, Alger).

Le film raconte la seconde vie de Lilia, la quarantaine, belle,  femme au foyer, veuve et mère d’une fille unique, qui décide de s’aventurer à l’extérieur de son domicile. L’usage du verbe « s’aventurer » s’explique par le fait  que «le dehors » symbolise dans la tradition des sociétés nord-africaines les espaces réservés aux hommes ; « le dedans », c’est-à-dire  l’intérieur des maisons, quant à lui  représente le territoire des femmes.

Au départ, le motif de ces sorties parait être, pour nous spectateurs,  de surveiller les allées et venues de sa fille,  Salma, étudiante, dont les absences du domicile familial commencent à l’inquiéter par rapport au risque d’avoir de mauvaises fréquentations. C’est dans un cours de danse orientale, où Salma s’est inscrite, que Lilia découvre sa liaison avec Chokri, un musicien joueur de derbouka (instrument de percussion utilisé en Afrique du Nord) dont le rôle est d’accompagner et rythmer les mouvements des apprenties danseuses.

En suivant en cachette Salma et Chokri dans leurs déplacements, Lilia découvre l’existence d’un cabaret, « Satin rouge »,  situé non loin de son quartier de résidence. En y retournant une deuxième fois aux heures d’ouverture nocturne, elle se retrouve comme aimantée et possédée par la musique, les danseuses orientales et l’ambiance de fête régnant dans ce lieu de plaisir dont la clientèle est composée exclusivement d’hommes, âgés dans leur grande majorité. Bien accueillie et encouragée par les danseuses, elle arrive assez tôt à bien danser et s’intégrer à leur groupe. Au fil des nuits dansantes, Lilia se rapproche de plus en plus de Chokri, si bien qu’un soir elle décide de le suivre dans son petit cabanon blanc-bleu du bord de mer et de coucher avec lui, sachant que ce dernier ignore encore son lien de parenté avec Salma. La scène érotique est tournée dans le clair-obscur de l’intérieur du cabanon tel,  m’a-t-il semblé, un numéro de danse orientale qui aurait été exécuté à l’horizontal. Nous découvrons alors le motif profond des sorties de Lilia : la poussée irrésistible, telle une éruption volcanique, d’un désir de vie et de liberté depuis longtemps refoulé.

Le film finit en faux happy-end : la fête de mariage de Salma et Chokri agrémentée des numéros de danse de Lilia. Cependant, Le désarroi visible quoique muet de Chokri pousse à imaginer ce que sera l’épreuve insoutenable de devoir vivre avec les deux femmes, la fille et sa mère, ses deux amantes. Le souffle coupé, nous appréhendons à raison de voir entrer en action les agents de la tragédie et du malheur. Mais le film s’arrête là, juste devant cette sorte de gouffre, de trou noir sur l’avenir des trois personnages principaux.



08/04/2012
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