Slimane Azayri

Slimane Azayri

La statue de Zidane par Adel Abdessemed exposée sur l’esplanade du centre Beaubourg- Pompidou à Paris

 

                                       

Le coup de boule de Zidane, un acte symbolique de l’esprit du 21ème siècle ?

Oui, si nous considérons, que chez l'être humain de ce siècle, le besoin de moralité - dans le cas de Zidane son geste de révolte contre celui qui est désormais l'archétype du footballeur sans scrupule aucune - est aussi voire plus fort que celui de rationalité puisque par son geste, notre héros moderne a enfreint ouvertement les règles du football face à son adversaire - dont j'ai oublié le nom- qui les a respectées formellement (hypocritement) tout en violant réellement l'éthique à la base de toute pratique sportive et des règles qui l'organisent.

Un acte de violence doit-il être le prétexte de l’exposition publique d’une création artistique ?

Une  non violence aussi strictement affirmée devrait amener à remettre en cause l'existence de maints lieux emblématiques (rues, places, monuments, statues, etc.) de Paris et de beaucoup de villes du monde qui constituent des formes bien plus grave d'apologie de la violence, d'une violence bien plus meurtrière ( parfois en millions de morts) que celle de notre ( celui de tous ses admirateurs de tout endroit de la planète) héros Zidane qui a bien mesuré la force de son coup de boule et circonscrit l'endroit où il l'a donné ?

Héros humain, pas parfait

Oui, j'ai une préférence pour les héros simplement humains, avec à la fois leur force et leur faiblesse, et qui sont arrivés par leur volonté à se hisser au dessus du lot commun. Ils sont plus intéressants que les héros des mythes, des idéologies et de la science-fiction souvent considérés supérieurs ou extérieurs au genre humain.
Leur stature (statut) de héros humains rend leur mise en valeur ou en avant, par exemple à travers une œuvre comme celle d'Adel Abdessemed pour ce qui est de Zidane, potentiellement plus utile socialement parlant car susceptible, outre de nourrir les imaginaires personnels, d'inspirer et encourager des vocations et partant de renforcer les valeurs positives chez un grand nombre de personnes, surtout jeunes.

Parler de héros simplement humains veut dire qu’on n’exclut a priori absolument personne sur cette terre.
Mais cela n'exclut pas que des héros "médiatiques" comme Zidane paraissent à beaucoup d'admirateurs (en ce qui me concerne, je n’ai pas en plus l’excuse d’être un mordu de football) comme des gens simplement humains car ils ont su malgré leurs exploits rester, chacun à sa manière, proches des gens et de leurs problèmes. Pour citer quelques exemples,  C'est le cas bien avant Zidane, de Muhammed Ali, Pelé, Yannick Noah et même Michel Cantonna
 

Pourquoi le coup de boule inspire-t-il la création artistique ?

La tendance à l'immortalisation du coup de boule de Zidane trouve sa source dans plusieurs facteurs qui se renforcent les uns les autres:
- La scène (du drame) exceptionnelle : une finale de coupe du monde avec plusieurs centaine millions de téléspectateurs.
- L'incertitude et le suspense sur l'issue du match (donc du vainqueur de la coupe du monde) malgré le but d'avance de l'équipe italienne vers la fin.
- Le caractère inattendu et incompréhensible sur le moment du coup de Zidane ( on a su, plus tard, après le match que c'est les grossièretés du joueur italien qui l'on fait sortir de ses gonds).
- La tristesse et la frustration provoquée par l'expulsion (certes méritée de Zidane) du terrain annonciatrice de la défaite finale de l'équipe de France.
- Passés les événements de la coupe du monde, la figure héroïque de Zidane a été à mon sens grandie aux yeux de ses millions d'admirateurs par la défaite et la faiblesse qu'a révélé sa réaction. En effet,  les personnes qui entrent au « Panthéon universel » des héros sortent toujours grandies de leur défaite souvent inévitable à un moment ou l'autre de leur parcours. C'est les cas de Pelé en 1966 lors du match contre le Portugal (le défenseur Torres l'avait alors sérieusement blessé à la jambe); de Muhammed Ali lors de son premier match perdu contre Joe Frazier.
- Dernier facteur qui n'est sans doute pas le moins important: l'élégance et la beauté plastique de l'action de Zidane, vue et revue des jours et des semaines des milliards de fois dans le monde entier, qui a servi à donner  le coup de boule qui n'en est pas un en réalité car un vrai aurait "pété la figure" à son adversaire. Résumé: coup de boule à la fois élégant et soft (inoffensif) exécuté comme un mouvement de danseur de ballet qui se prête donc merveilleusement à un travail de création artistique à la manière de la sculpture d'Adel Abdessemed.



13/10/2012
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