Slimane Azayri

Slimane Azayri

Entretiens de Claude Lanzmann, l'auteur des films documentaires sur la Shoah, avec Jan Karski, résistant polonais de la deuxième guerre mondiale, diffusés par Arte

Dans le roman « Jan Karski » de Yannick Haenel (Gallimard, Paris), il est question d’une reconstitution imaginée de l’entrevue de Jan Karski, résistant et messager de la résistance polonaise, avec J.D. Roosevelt, le président des USA, afin de l’informer sur l’extrême gravité de la situation en Pologne sous occupation nazie, en particulier du sort tragique des juifs soumis à un plan d’extermination. Selon ce romancier, le président américain a montré à cette occasion du désintérêt voire de l’indifférence pour le sort des juifs. Claude Lanzmann, l’auteur de Shoah (1985), le film documentaire historique qui est la référence incontournable jusqu’à nos jours (Arte, la chaîne franco-allemande, l’a rediffusé le 19 janvier 2010, jour du 65ème anniversaire de la libération du camp d’Auschwitz) a récemment rendu public, en guise de démenti aux élucubrations de Yannick Haenel, la seconde journée de l’entretien inédit qu’il a enregistré en 1978 avec Jan karski. Cette partie de l’entretien porte essentiellement sur son entrevue en juillet 1943 avec le président Roosevelt en compagnie de l’ambassadeur de Pologne à Washington.

Jan Karski a d’abord longuement parlé de ses impressions sur la personne de Roosevelt, son aspect physique, sa gestuelle, ses intonations de voix en tentant parfois de les mimer. Il est évident qu’il éprouve une grande admiration pour la personne en qui il voit non seulement le président des U.S.A mais aussi l’homme le plus puissant du monde.

En fait, l’entretien, dont le déroulement a été grandement orienté par le président Roosevelt grâce aux  questions qu’il a posées, à plutôt porté sur la situation générale en Pologne et en Europe de l’Est. Du sort des juifs polonais, il dit qu’il en a fait juste une brève présentation vers la fin de l’entrevue sans que le président américain dise quoi que ce soit et pose une quelconque question à ce sujet. Son intérêt sélectif pour les propos de Jan Karski semble avoir été dicté par les besoins directs  de la conduite de la guerre en Europe.

Sans doute pour montrer que le sort des juifs polonais et européens est loin de lui être indifférent, le président Roosevelt  à recommandé à Jan Karski d’aller voir de sa part un certains nombre de personnalités américaines influentes susceptibles de répondre à ses cris d’alarme au sujet du plan d’extermination que les nazis ont mis à exécution ces années là. Parmi ces personnalités en vue, Félix Frankfurter, juge à la cour suprême, d’origine juive et ami et confident du président américain. A l’issue du rapport de Jan Karski, il dit : « Je ne dis pas que vous mentez, mais je ne vous crois pas. Je suis un juge des hommes. Je connais l'humanité. Ce que vous dites est impossible." Autrement dit, ne pouvant pas y croire, il refuse d’y croire.

A la fin de  son entretien avec Caude Lanzmann, Jan Karski conclut en substance, les yeux pleins de larmes : l'existence de l’holocauste (ou la shoah) a été réfutée car aucune des personnalités rencontrées n’est préparée par son éducation et son expérience à recevoir et accepter ce genre de réalité jusqu’alors  inconnue dans l’histoire humaine.

Le philosophe français et juif, Raymond Aron résume bien les propos de Jan Karski: "Je l'ai su, mais je ne l'ai pas cru. Et parce que je ne l'ai pas cru, je ne l'ai pas su".



29/02/2012
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