Slimane Azayri

Slimane Azayri

A. Ouyahia est nommé premier ministre en remplacement d'A. Tebboune

Politiquement parlant, A. Ouyahia est aussi âgé qu’A. Bouteflika. Les deux ont l'âge du système de pouvoir algérien dans lequel ils se sont tellement investis qu'ils ont finis par en être les figures les plus connues et, pour ceux qui ont la phobie du changement (ils sont nombreux en Algérie), les plus rassurantes.

Cette longévité partagée explique l'attirance qu'éprouvent l'un pour l'autre ces deux animaux à sang froid de la politique. Car ne nous trompons pas, les deux se hommes se ressemblent dans une conception et une pratique machiavélique - pas au sens péjoratif de diabolique mais plutôt d'amorale - du pouvoir qui, pour eux, doit d'abord servir à valoriser leur ego de plus en plus surdimensionné comme ce goitre qui finit avec les années par envelopper en totalité le cou de son possesseur.

En ces temps de vaches maigres, l'association remise en avant de ces deux hommes parait de mauvaise augure pour la majorité des algériens et algériennes. Ils ne sont pas de ceux qui renonceront à imposer les plus dures épreuves à la plupart des gens de notre pays si l'impératif,  d'abord pour eux deux, ensuite pour leurs alliées et soutiens, de leur maintien indéfiniment au pouvoir  l'exige.


15/08/2017
0 Poster un commentaire

La Kabylie et le MAK (*) ou l'indépendance au risque de la balkanisation

En principe, je ne suis pas à priori opposé à l'idée d'instaurer en Algérie un système d'institutions politiques qui comporte des doses plus ou moins fortes de décentralisation territoriale dans le cadre soit d'une régionalisation soit d'un fédéralisme.
En pratique, l'enjeu réside dans la capacités des uns et des autres - dirigeants, élites et citoyens - à contenir les risques de plus en plus sérieux de voir les forces centrifuges (en l'occurrence, séparatistes) - en Kabylie mais pas seulement - aboutir à la remise en cause de l'existence même de l'Etat algérien. Cette situation de tension croissante entre séparatistes et nationalistes, nous la devons en premier, non pas à Ferhat Mehenni et au MAK, mais au passif accumulé par les dirigeants maghrébins  qui ont oublié (ou trahi),  depuis les indépendances, l'idéal d'unité fixé par les aînés au profit d'une confrontation stérile entre nationalismes chauvins. En effet, si le projet maghrébin avait reçu un début de concrétisation, les revendications indépendantistes, celle du MAK et d'autres à venir, charrieraient moins de risques de balkanisation et auraient été "récupérées" par la construction supra nationale qui aurait alors joué le rôle providentiel d'amortisseur des chocs politiques et sociaux majeurs.
Concernant Ferhat Mehenni et les militants du MAK, il me semble que le moins qu'il puissent faire pour avoir du crédit auprès des kabyles, sans que cela débouche obligatoirement sur une adhésion à leur projet indépendantiste, c'est de leur manifester du respect en :
- cessant de prétendre parler en leur nom à tous;
- en révélant suffisamment d'informations sur les personnes et les entités qui les appuient moralement et/ ou matériellement  en Algérie;
- rendant public les noms des Etats et des organisations qui les appuient moralement et/ou matériellement à l'étranger;
- poussant les militants kabyles du MAK établis à l'étranger (notamment à Paris deuxième ville kabyle après Alger et avant Béjaïa et Tizi-Ouzou) à revenir en Kabylie et s'y investir. Vu l'amour apparemment fort porté à cette dernière, le retour des parisiens et autres kabyles de la diaspora, qui militent au sein du MAK, devrait pouvoir se faire assez rapidement.
De mon point de vue, si ces conditions ne sont pas satisfaites, il est peu probable que  Ferhat Mehenni et le MAK puissent obtenir un soutien populaire assez suffisant pour leur permettre de mener avec quelque chance de réussir  le combat pour l'indépendance de la Kabylie.

 

(*) Mouvement pour l'autodétermination de la Kabylie.


29/06/2017
0 Poster un commentaire

Le Sahara occidental cristallise les rivalités entre les Etats maghrébins

Aucune personne qui s'intéresse aux relations inter-maghrébines ne peut, à mon avis, reprocher à l'un ou l'autre des pays de faire dans la realpolitik dans ce qui a trait à leurs relations bilatérales.
A commencer par la Tunisie, plus petite et moins peuplée, qui donne la priorité aux échanges économiques et commerciaux tout en se gardant des possibles ingérences politiques voire politiciennes des voisins immédiats (Algérie et Libye) grâce aux alliances nouées avec des puissances protectrice, France et USA, surtout. Indépendamment de la question du Sahara occidental (je reprend la dénomination onusienne et non des pro Polisario) La Tunisie utilise aussi les bonnes relations avec le Maroc comme un des moyens de limiter les pressions dont pourrait user l'Algérie sur ou contre elle. 
Le Maroc, dont le projet de rétablir les limites territoriales qu'il considère légitimement siennes d'un point de vue historique - une partie des nord et sud ouest algérien, le Sahara occidental et la Mauritanie - reste d'actualité dans la mémoire et la culture politique du pays, ne peut que se heurter à l'opposition du voisin algérien, ce, même en l'absence du conflit du Sahara occidental.

l'Algérie, qui a été dès 1963 confronté à une agression militaire marocaine visant à la déposséder d'une partie de son territoire, cherche d'abord, en adoptant une position résolument "légaliste" (au sens de conforme à la légalité onusienne) au sujet du conflit du Sahara occidental, à neutraliser par anticipation de probables nouvelles revendications marocaines sur des parties du territoire algérien.
La tare commune de cette realpolitik partagée des trois Etats du Maghreb provient du fait qu'elle s'inscrit dans un cadre géo-politique et économique imposé dès l'origine par les anciennes puissances coloniales (France et Espagne) et leur parrain (USA). Autrement dit, cette realpolitik est certainement favorable à ces puissances extérieures, dans la mesure où elle met chacun des Etats maghrébins dans un face à face solitaire avec elles. Par contre, elle est négative quant au développement des liens de coopération entre les trois pays maghrébins dans la mesure où leurs gouvernements sont fortement incités à vouloir s'affirmer et se renforcer les uns contre - et non avec-  les autres.


08/04/2017
0 Poster un commentaire

L'indépendance de la Kabylie pourrait-elle devenir une issue irréversible ?

 

En l'état actuel des choses, une indépendance de la Kabylie ne peut pas constituer à mon avis une issue irréversible. En effet, ce que nous savons de l'histoire de cette partie de l'Algérie à travers les âges nous apprend que ses habitants n'ont jamais envisagé leur destin en dehors des autres parties du pays avec lesquelles ont toujours existé des courants d'échanges humains et matériels relativement riches et denses – contrairement aux visions superficielles de ces arabistes qui veulent enfermer idéologiquement la Kabylie dans un particularisme figé, érigé au rang de constante négative- ceci, bien avant la colonisation française et l'occupation ottomane. 

Une indépendance ne prendrait un caractère irréversible que dans l'hypothèse où des évolutions et des événements futurs viendraient à la rendre nécessaire et inévitable. Or, j'ai toujours été personnellement inquiet par le décalage existant entre les aspirations des habitants de Kabylie et celles des autres régions. Ce décalage, nous l'avons vu à l’œuvre en 1980 avec le printemps amazigh, à partir de 1989 avec la poussée intégriste partout en Algérie à l’exception de la Kabylie, en 1994 avec la grève pour la reconnaissance de tamazight à l’école, en 2001 avec les manifestations et les grèves du printemps noir pour tamazight, les libertés et la démocratie. Or, tous ces mouvements politiques et sociaux se sont limités pour la plupart à la Kabylie ou, parfois, aux kabyles vivant dans d’autres régions d’Algérie.

Un fossé est-il en train de se creuser progressivement entre la Kabylie et le reste de l’Algérie ? Oui, à mon sens. Cependant, il n’est pas trop tard pour empêcher son élargissement. Comment ? En orientant et mobilisant les énergies dans deux directions principales:

- La défense et le développement sur tous les terrains des libertés individuelles et collectives par les acteurs économiques, sociaux, civils et politiques réels (non les subventionnés de l’Etat ou de parties non identifiées) de tout le pays ;

- Une réflexion et un débat national pour une grande réforme des institutions du pays et sa mise en œuvre dans une collaboration étroite entre les acteurs ci-dessus désignés et les représentants de l’Etat.

De cette façon, nous pouvons arriver à réduire significativement le décalage actuel entre la Kabylie et les autres régions du pays et lui substituer des convergences, donnant ainsi à l’Algérie les bases solides qui la mettront en capacité d’aller toujours plus loin dans la voie du développement.

 


02/02/2017
0 Poster un commentaire

Bouabdellah Ghlamallah, président du Conseil supérieur islamique : « Boudiaf a été assassiné par ceux qui l’ont ramené "

Personnellement, je soupçonne ce responsable, en faisant semblant de s'intéresser à Mohamed Boudiaf qui a effectivement déclaré, à raison, l'école algérienne comme étant sinistrée, de vouloir s'attaquer de façon déguisée ou hypocrite, à d'autres responsables actuels. Je pense précisément à Mohamed Aïssa, l'actuel ministre des affaires religieuses (rappelons que B. Ghlamellah était son prédécesseur au poste) qui semble vouloir se positionner dans la même mouvance patriotique que le défunt président Boudiaf. En effet, durant son court passage à la tête de l'Etat, ce dernier avait aussi dit « La religion est pour Dieu et la patrie pour tous», reprenant ainsi la devise du Wafd, parti nationaliste égyptien du début du 20 ème siècle pour s'opposer à la volonté de certains qui, en Algérie, veulent faire de l'Islam une idéologie, de surcroît totalitaire. Aussi, je tends à croire que ceux qui avaient intérêt à assassiner le président Boudiaf se situent probablement dans le même courant idéologique ultra conservateur que B. Ghlomallah.

 


20/01/2017
0 Poster un commentaire

Décideurs: absents ou incompétents ?

Je dirais que c'est moins une absence de décideurs qu'un grave déficit de valeurs morales et civiques. Les décideurs en place, à commencer par les premiers,c'est-à-dire ceux du sommet de la pyramide du pouvoir, ne jouent pas leur rôle dans le sens de l'intérêt général mais plutôt dans le sens de leur intérêt particulier en tant qu'individus ou de celui de leur groupe respectif de dirigeants.

Chez eux, La décision dans le sens de l'intérêt particulier constitue une règle constante; par contre, celle dans le sens de l'intérêt général est variable ou occasionnelle. Il arrive, mais ce n'est pas fréquent, que les deux coïncident. Dans ce cas, les décideurs jouent leur rôle plus ou moins correctement. par contre, quand une décision est soit opposée soit indifférente (ou neutre) vis-à-vis de l'intérêt particulier du ou des décideur(s), la décision vient tard ou même ne vient jamais, surtout lorsque les bénéficiaires potentiels ne font pas suffisamment ou du tout pression sur eux.

Comment mettre fin à cette situation dommageable pour tous et, surtout pour le pays et les générations futures, sauf apparemment pour les décideurs et leurs clientèles ?

Deux conditions préalables paraissent indispensables:

- Le but à poursuivre qui est est clair: établir dans les faits le primat du choix des décideurs à tous les niveaux et dans tous les domaines par les citoyens eux mêmes.

- Les moyens à utiliser qui sont, quant à eux, multiples et doivent être dans tous les cas adaptés aux situations concrètes.

La difficulté de réaliser ces conditions et le temps que cela exige, explique le choix désespérant et désespéré fait par une partie des personnes ayant acquis des compétences de sacrifier ces dernières sur l'autel de leur ambition d'ascension sociale, c'est-à-dire de leur intérêt particulier. Une autre partie des personnes compétentes, celles ayant fait le choix de servir l'intérêt général envers et contre tout, se voient par contre exclues des centres de décision, lorsqu'ils parviennent par chance ou par miracle à y entrer, ou bien empêchées dès le départ d'y accéder car ne correspondant pas aux profils des décideurs sans foi ni loi, donc forcément incompétents, qui monopolisent le pouvoir en Algérie.

 


15/01/2017
2 Poster un commentaire

« Le Canard Enchaîné » : Les trois trumperies du président Trump

 

Donald Trump a perdu les élections du 8 novembre avec 2,8 millions de voix de retard sur sa rivale, Hillary Clinton, mais il a enfin été élu officiellement président.  Les 538 grands électeurs ont majoritairement voté, le 19 décembre, pour le promoteur immobilier sans se soucier des pétitions et des manifestations. Pour la seconde fois en seize ans, le candidat qui a obtenu dans une présidentielle le moins de suffrages populaires est donc déclaré vainqueur aux Etats-Unis.

Tout ça à cause d’un suffrage censitaire antédiluvien, vestige des pères fondateurs du XIX siècle, qui favorise les anciens Etats esclavagistes et les petits Etats ruraux, à la faible démographie, au détriment des zones urbaines, très peuplées. Le vote d’un habitant du Wyoming compte ainsi 3,6 fois plus que celui d’un californien, excusez du  peu.

Avec cette élection d’un perdant à la Maison-Blanche, les Etats-Unis, le pays des gagnants, délivre ainsi une nouvelle leçon de démocratie au reste du monde.

  • 1) Preuve est faite que tous les votes sont égaux, mais certains beaucoup plus que d’autres. Un bonne façon de convaincre que le bulletin dans l’urne ne compte pas vraiment et que la démocratie ne reflète pas la volonté des citoyens. Dès lors, pourquoi  la respecter et pourquoi aller voter ?
  • 2) Trump a prouvé en quelques semaines que les promesses de campagne n’engagent que ceux qui les reçoivent. Il en a donné l’illustration la plus saisissante le 10 décembre dans le Michigan. A la foule de ses supporteurs qui scandaient le slogan le plus repris pendant sa campagne, « Jetez-la en taule », à propos d’Hillary Clinton, il a répondu : « ça a beaucoup compté avant l’élection. Maintenant, on s’en fout, non ? » Le cynisme  à l’état chimiquement pur. La leçon a porté en France, puisque certains candidats reviennent déjà sur leurs promesses.
  • 3) Autoproclamé candidat anti-lobby politique, le président a fait la part belle aux lobbies dans la formation de son gouvernement. Il voulait bouter Wall-Street, les banquiers de Goldman Sachs sont en nombre dans son administration, à des postes essentiels. Ainsi que des figures du lobby pétrolier ou de la lutte contre l’avortement.

Ce gouvernement des lobbies devrait beaucoup servir les intérêts particuliers des entreprises les plus puissantes du pays et faire peu de cas de l’intérêt général. Une catastrophe, et pas seulement pour le réchauffement démocratique. Malheureusement, sur ce point, le risque est faible de se trumper.

 

J.-M. Th.

 


31/12/2016
0 Poster un commentaire

L'écrivain Amine Zaoui et la Kabylie

Selon Amine Zaoui, auteur de plusieurs livres, traduits pour la plupart en treize langues «S’il y a une renaissance culturelle en Algérie, elle ne viendra que de la Kabylie. La Kabylie c’est le vrai rempart contre l’intégrisme et le wahabisme qui rongent l’Algérie. Seule la Kabylie est capable de sauver la démocratie et la diversité en Algérie.» dit-il après avoir rappelé son amour à cette région et sa population «’adore cette belle région de L’Algérie. J’ai eu l’occasion de rencontrer mes lectrices et lecteurs dans une vingtaine de villes et villages. De Tizi-Ouzou à Béjaïa, en passant par Bouira, Ath Yenni, Bouzeguène, Boujima, Azazga, Aïn El Hammam… à chaque rencontre, j’étais merveilleusement bien accueilli, agréablement surpris par un débat franc et profond avec le public. Le bon lecteur algérien se trouve en Kabylie. Les citoyens de la Kabylie ne sont pas préoccupés uniquement par la politique, chose positive, mais aussi par la bonne littérature. Mes meilleurs lectrices et lecteurs sont de cette région» déclare t-il à nos confrères de la dépêche de Kabylie.

 


19/12/2016
0 Poster un commentaire

Non, les hommes n’ont pas toujours fait la guerre

Déconstruire le mythe d’une préhistoire sauvage et belliqueuse

par Marylène Patou-Mathis 

La violence humaine est-elle innée ou induite par le contexte ? Les recherches anthropologiques et archéologiques permettent aujourd’hui de répondre un peu mieux à cette question qui divisa les plus grands philosophes. La guerre ne semble apparaître qu’avec la naissance de l’économie de production et le bouleversement des structures sociales du néolithique, il y a environ dix mille ans.
(...)
"Ainsi, la « sauvagerie » des préhistoriques ne serait qu’un mythe forgé au cours de la seconde moitié du XIXe siècle pour renforcer le concept de « civilisation » et le discours sur les progrès accomplis depuis les origines. A la vision misérabiliste des « aubes cruelles » succède aujourd’hui — en particulier avec le développement du relativisme culturel — celle, tout aussi mythique, d’un « âge d’or ». La réalité de la vie de nos ancêtres se situe probablement quelque part entre les deux. Comme le montrent les données archéologiques, la compassion et l’entraide, ainsi que la coopération et la solidarité, plus que la compétition et l’agressivité, ont probablement été des facteurs-clés dans la réussite évolutive de notre espèce."
(...)
Pour lire l'article dans son intégralité, aller au lien suivant:http://www.monde-diplomatique.fr/201...U_MATHIS/53204


20/11/2016
0 Poster un commentaire

Je hais les indifférents, par Antonio Gramsci

antonio-gramsci-533x318.jpg

Je hais les indifférents aussi parce que leurs pleurnicheries d’éternels innocents me fatiguent. Je demande à chacun d’eux de rendre compte de la façon dont il a rempli le devoir que la vie lui a donné et lui donne chaque jour, de ce qu’il a fait et spécialement de ce qu’il n’a pas fait. Et je sens que je peux être inexorable, que je n’ai pas à gaspiller ma pitié, que je n’ai pas à partager mes larmes. Je suis partisan, je vis, je sens dans les consciences viriles de mon bord battre déjà l’activité de la cité future que mon bord est en train de construire. Et en elle la chaîne sociale ne pèse pas sur quelques uns, en elle chaque chose qui se produit n’est pas due au hasard, à la fatalité, mais elle est l’œuvre intelligente des citoyens. Il n’y a en elle personne pour rester à la fenêtre à regarder alors que quelques uns se sacrifient, disparaissent dans le sacrifice; et celui qui reste à la fenêtre, à guetter, veut profiter du peu de bien que procure l’activité de peu de gens et passe sa déception en s’en prenant à celui qui s’est sacrifié, à celui qui a disparu parce qu’il n’a pas réussi ce qu’il s’était donné pour but.
Je vis, je suis partisan. C’est pourquoi je hais qui ne prend pas parti. Je hais les indifférents.

 

Le texte complet peut être consulté à l'adresse suivante: http://dormirajamais.org/gramsci/


10/09/2016
0 Poster un commentaire

Mohamed Saïd Mazouzi: le moudjahid et l'homme d'Etat

DSC01362.JPG

 

Mohamed Saïd Mazouzi, décédé à l’âge de 92 ans le 5 avril 2016, est indiscutablement un homme d’envergure exceptionnelle, à la dimension des acteurs et des événements entrés dans l’histoire de l’Algérie contemporaine. Loin d’être une simple affirmation subjective du frère et compagnon  de lutte que j’ai été, c’est un constat largement confirmé par son parcours, étalé sur plus d’un demi siècle, de militant et de résistant anticolonialiste puis d’homme politique et d’Etat.

L’engagement politique de Si Mohamed Saïd a été, dès le départ,  exceptionnel par sa précocité. Ses premiers pas dans l’apprentissage du combat politique puis son engagement progressif dans le militantisme nationaliste remonte à ses années de collège.  Issu d’une famille maraboutique et de condition sociale aisée, son grand-père et son père ont montré tour à tour, dans leur fonction d’auxiliaires de l’administration françaises en tant que caïds, de fortes réticences à servir les intérêts des colonisateurs aux dépens forcément de ceux de la grande masse des algériens. Au lieu de  s’orienter, comme la plupart des jeunes  algériens de sa condition,  vers la poursuite de ses études, dans lesquelles il a excellé jusqu’alors, puis la réussite professionnelle et sociale, le jeune Mohamed Saïd a préféré choisir en priorité le combat anticolonial car se voyant mal vivre  égoïstement sa propre vie dans l’aisance pendant que la grande majorité des algériens subissent l’exploitation, la misère, l’ignorance, la maladie et la peur du lendemain.

Son engagement corps et âme pour la cause nationale est symbolisé par sa participation, avec un groupe de militants, dans le contexte des manifestations du 8 mais 1945 et les massacres des dizaines de milliers de civils algériens commis à cette occasion par les forces coloniales, à un attentat contre le bachagha Ait Ali, un collaborateur zélé de l’administration française dans la région de Tizi-Ouzou. A partir de son arrestation des suites de cet attentat, Si Mohamed Saïd est emprisonné sans interruption jusqu’à l’indépendance, en 1962, soit 17 ans durant lesquelles il a séjourné dans maintes prisons en Algérie et quelques unes en France durant une courte période.

J’ai rencontré Si Mohamed Saïd pour la première fois en 1958, à la prison d’El Asnam, où j’ai été transféré dans un état de santé préoccupant consécutif à mes graves blessures de guerre aggravées d’une maladie pulmonaire dont l’évolution a inquiété jusqu’au médecin israélite de la prison  qui (je l’ai su plus tard) a exigé du directeur pied-noir de celle-ci mon hospitalisation immédiate faute de quoi, il dégagerait sa responsabilité. Grâce aux efforts conjugués de Si Mohamed Saïd, notamment pour l’approvisionnement clandestin en médicaments, et aux soins de Yahia Farès, algérois du quartier de Clos-Salambier, infirmier, aidé par Driss Ben Ferlou de Mostaganem, tous les deux prisonniers,  j’ai été sauvé d’une mort quasi certaine. Tout cela pour dire, à travers mon cas personnel, combien ont été importants pour de nombreux prisonniers les actes de solidarité fraternelle et militante de Si Mohamed Said pour soigner blessés et malades, améliorer les conditions de détention, exprimer notre soutien aux frères et sœurs engagés sur le terrain dans le combat libérateur, alphabétiser, enrichir les connaissances, approfondir la formation politique…

A l’indépendance, loin d’être affaibli par les 17 ans d’internement et de mauvais traitements, Si Mohamed Said s’est engagé avec toute sa foi en l’Algérie et toutes ses forces dans l’action pour la consolidation de l’indépendance nationale et le développement économique, social et culturel. D’abord au niveau régional à la tête de la fédération du FLN de Tizi-Ouzou et après en tant que préfet de Grande-Kabylie ; puis au niveau central, notamment en tant que ministre du travail et des affaires sociales ensuite des moudjahidine. Dans l’accomplissement de ses missions, j’ai compté, avec beaucoup d’autres, parmi ses collaborateurs.

Outre ses contributions de haute qualité au développement national dans plusieurs domaines dont les fruits durent jusqu’à nos jours, Si Mohamed Said  a fait partie des rares militants nationalistes et responsables algériens à penser et mettre en pratique un rapport rationnel  et maîtrisé à la politique en général et au pouvoir en particulier de par ses capacités avérées à :

- Garder en toute circonstance son indépendance d’idée et de choix ;

- Accomplir des missions et réaliser des objectifs au service de l’intérêt national, c’est-à-dire sans volonté apparente ou cachée de les instrumentaliser à des fins personnelles;

- Choisir des collaborateurs et constituer des équipes dans le but d’accomplir des missions et réaliser des objectifs d’intérêt national.

Pour les gens qui l’ont connu et côtoyé durant tant d’années, Si Mohamed Said représente et restera pour les générations actuelles et à venir, un exemple, voire un modèle, de militant et d’homme politique tant par ses compétences, en particulier son leadership, que par ses valeurs morales, en particulier son intégrité.

 

Benelhadj Mohand Ouamar, secrétaire national de l’organisation nationale des moudjahidine (ONM).

Cet article est paru dans la revue « Premier novembre », n°181-182, 1er semestre 2016.


24/08/2016
0 Poster un commentaire

Libertés individuelles et interdits sexuels

Il est faux de croire qu'un Etat aussi puissant soit-il arrive à interdire effectivement la prostitution, l'homosexualité et autres pratiques sexuelles considérées déviantes, au moyen d'un dispositif exclusivement répressif. En tout cas, nous ne connaissons pas dans l'histoire humaine un pays, y compris islamique (Arabie saoudite et Iran inclus), qui soit arrivé à cet exploit miraculeux. Dans le cas particulier de l'Algérie, il faudrait, pour réduire les risques de se tromper de société et d'époque, chercher à savoir concrètement de quoi l'on parle. Pour cela, il faudrait, dans le cadre de débats publics sans œillères ni tabous, explorer les pratiques sociales en ces matières par des actions d'enquêtes de terrain et l'exploitation des données existantes auprès des services spécialisés, notamment publics (justice, santé, protection sociale, recherche scientifique ...). C'est une fois ces longues et laborieuses actions d'exploration, d'étude et d'échange réalisées que nous pourrions arriver à identifier et défendre des solutions adaptées à notre temps, donc forcément nouvelles, pour chacune des pratiques sexuelles actuellement interdites d'un point de vue formel en Algérie sans que cela les empêche de prospérer dans le noir des espaces incontrôlés et incontrôlables, comme c'est le cas dans tous les pays où règnent les interdits légaux.


11/08/2016
0 Poster un commentaire

Algérie: les chiffres miraculeux de l'Office national des statistiques (ONS)

Alors que, depuis au moins l'année 2015, tous les indicateurs économiques, notamment les investissements et la croissance économique, évoluent négativement, les experts de l'Office national des statistiques (ONS), seraient bien inspirés de nous expliquer comment a contrario, selon les données qu'ils viennent de rendre publiques, l'emploi enregistre une hausse ou bien le taux de chômage une baisse en avril 2016 comparé à avril 2015.

 

30/07/2016
0 Poster un commentaire

Les armées les plus équipées du monde sont-elles aussi les plus puissantes ?

Ne faudrait-i pas parler d'armées les plus équipées du monde et non d'armées les plus puissantes ? En effet, la puissance d'une armée ne réside pas seulement dans le matériel et les effectifs mais aussi dans l'éthique, les combattants et la stratégie.

En général, les qualités des combattants  (éthique, motivation, entraînement) sont décisives dans l’issue de toute guerre. On ne peut pas en dire autant de la supériorité des armes.

Il va sans dire que la guerre en elle même n’a rien éthique, au contraire.  L'éthique dans la guerre réside plutôt dans la façon de la faire: primo, pour se défendre et non pour agresser, secundo, en respectant les lois internationales, notamment en matière de protection des civils et des prisonniers de guerre.

C'est pour cela que les armées les plus puissantes en matériel et en nombre de soldats perdent en réalité dans leur majorité les guerres qu'elles ont menées, surtout en raison du manque  de motifs à faire la guerre basé sur l'éthique et du non respect des normes juridiques et morales universelles.

Une partie de la triste réalité des problèmes d’aujourd’hui réside en ceci: les conflits actuels ont pour cause  la  non prise en compte des normes juridiques et morales universelles qui ne tombent pas du ciel et doivent leur existence aux leçons tirées des conflits survenus dans le passé. Malheureusement, lorsqu’une génération tire les enseignements d’une guerre, la suivante se dépêche de les oublier à chaque fois que se présente une opportunité de réduire ou supprimer la dangerosité d’un conflit en terme de risques de pertes humaines et de destructions matérielles.

 


14/07/2016
0 Poster un commentaire

L'impossible programme de développement économique du régime saoudien

Annoncé récemment par le gouvernement saoudien et relayé par de puissants canaux  médiatiques, le programme de développement dénommé "Horizon 2030" consiste en une vaste conversion de l'économie de rente actuelle en une économie compétitive et diversifiée qui délivrerait le pays de la dépendance aux hydrocarbures. Ce programme serait financé par la vente de 5% du capital de l'ARAMCO (la compagnie pétrolière saoudienne) dont le produit atteindrait 2000 Milliards de dollars et alimenterait le fonds souverain saoudien qui deviendrait ainsi le premier du monde. 

Un programme économique d'une telle ambition soulève cependant plus de questions qu'il n'apporte de réponses. La plus évidente des questions est celle de savoir si un projet de réformes économiques structurelles de cette importance peut  raisonnablement se passer d'un volet politique, voire même culturel et sociétal. Cette absence, qui me parait remarquable, peut  s'expliquer de deux façons:

1/ Le volet réformes politiques existe mais sa diffusion publique reportée de crainte que  les changements préconisés soient rejetés  par la caste des émirs et par le peuple, tous les deux  nourris au biberon de  la rente pétrolière depuis des décennies.

2/ Le volet réformes politique n'est pas prévu soit par manque de courage politique vu la forte hostilité interne qu'il susciterait soit par myopie intellectuelle de ses concepteurs qui, en technocrates de caricature, se croiraient capables de restructurer l'économie saoudienne sans accompagner un tel processus  de grande ampleur par les réformes politiques indispensables.

Dans les deux situations ci-dessus, le programme annoncé peut être considéré d'ores et déjà comme mort-né. La réalité que l'Arabie saoudite pourrait vivre dans les années à venir, et que ses voisins proches et moins proches auraient à subir, consisterait à mon sens en un raidissement du pouvoir archaïque et obsolète de la monarchie accompagné de la tentation de fuite en avant, déjà visible, au moyen de l'exportation de ses contradictions internes de plus en plus aiguës vers son voisinage du Moyen-Orient par, d'une part,  son engagement direct dans des aventures militaristes  et, d'autre part, des alliances stratégiques avec des organisations dites "djihadistes" avec lesquelles la caste des émirs partage une proche parenté idéologique ainsi que des  intérêts stratégiques conciliables de leur point de vue. Autrement dit, pour garantir sa pérennité, le pouvoir saoudien pourrait définitivement opter pour la politique du pire.


06/07/2016
0 Poster un commentaire


Ces blogs de Littérature & Poésie pourraient vous intéresser